Les réponses automatiques

Un message arrive.
Puis un autre.
Puis un accusé de réception. 
On a écrit.
On a expliqué.
On a parfois même insisté. 

Mais personne ne répond vraiment. 
À la place, 
des formules standardisées.
Des délais annoncés.
Des numéros de dossier.
Des phrases sans sujet. 

Ce signal est devenu familier.
Trop familier. 

Les réponses automatiques sont présentées comme un progrès :
gain de temps, 
efficacité, 
continuité de service. 

Dans les faits, elles marquent souvent autre chose :
le retrait du lien humain 
là où il était attendu. 

Il ne s’agit pas d’un bug.
Il s’agit d’un choix d’organisation. 

Quand les systèmes se complexifient,
ils remplacent la relation par des protocoles.

Quand ils saturent,
ils automatisent la distance. 

La réponse automatique n’est pas un refus.
C’est une absence structurée
Elle dit :
« votre message est enregistré »,
sans dire :
« quelqu’un vous lit ». 

Ce glissement est discret, mais profond.
 Car dans beaucoup de situations,
ce qui est attendu n’est pas une solution immédiate,
mais une reconnaissance

Être entendu.

Être compris.

Être pris en charge par quelqu’un qui engage sa responsabilité. 

L’automatisation inverse la logique.

Elle sécurise le système avant de sécuriser la relation. 

L’usager devient un flux à traiter,
un cas à classer,
un délai à absorber. 

Et là encore, la charge est déplacée.
 C’est à celui qui attend de :
– relancer,
– reformuler,
– s’adapter au langage de la machine,
– accepter que la relation soit différée, 
fragmentée, 
impersonnelle. 

Ce signal produit des effets visibles :
– frustration,
– colère diffuse,
– sentiment d’abandon,
– perte de confiance. 

On appelle ça modernisation.
Souvent à tort. 
Car automatiser une réponse
ne remplace pas une présence.
Cela la diffère, ou l’efface. 

Ce signal n’invite pas à rejeter la technologie.

Il invite à distinguer clairement
ce qui relève de l’outil
et ce qui relève du lien. 

Quand la réponse automatique devient la norme,
ce n’est pas seulement la relation qui disparaît.
C’est la responsabilité qui se dilue. 

Un regard plus précis permet alors de voir
que le problème n’est pas l’absence de réponse,
mais l’organisation qui a décidé
qu’une réponse sans interlocuteur suffisait.
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