Les boîtes vocales

On appelle.

On tombe sur une voix. 
Polie.
Calme.
Souvent chaleureuse.

Elle explique.
Elle oriente.
Elle remercie. 
Et elle se tait. 

La boîte vocale est devenue un passage obligé.
Un sas.
Un filtre. 

On y laisse un message.
Parfois long.
Parfois précis.
Parfois urgent. 

Et puis on attend. 

La boîte vocale n’est pas un refus.
C’est une distance organisée

Elle donne l’impression d’un contact,
sans garantir qu’il y en aura un. 

Elle permet de dire :
« vous pouvez nous joindre »,
tout en repoussant le moment
où quelqu’un devra réellement répondre. 

Là encore, le déplacement est subtil.

 C’est à celui qui appelle de :
– formuler clairement,
– résumer,
– anticiper,
– espérer être rappelé. 

La charge passe du côté de celui qui a besoin,
pas de celui qui est censé répondre. 

Dans des situations simples, c’est anodin.
Dans des situations de santé, 
d’urgence, 
de fragilité,
cela devient une épreuve supplémentaire

La boîte vocale n’est pas neutre.
Elle transforme une demande en attente.
Une parole en silence différé. 

Ce signal n’invite pas à supprimer les boîtes vocales.
Il invite à voir ce qu’elles remplacent. 

Quand la voix enregistrée devient la norme,
ce n’est pas la technologie qui pose problème,
c’est la raréfaction de la présence humaine

Un regard plus précis permet alors de distinguer
ce qui relève d’un outil ponctuel
de ce qui devient un mode de fonctionnement.
Recherche