Artificielle sans âme… ou humaine sans boussole ?

On nous l’a dit, répété, affiché en gros caractères :
L’intelligence artificielle nous rendrait un peu plus bêtes chaque jour. 
C’est séduisant, comme accusation.
Simple. Confortable.
Et surtout très pratique : 
le coupable est tout trouvé. 

Pourtant, à y regarder de plus près, le miroir raconte autre chose. 
Ce n’est pas l’outil qui atrophie.
C’est l’usage automatique.
Ce n’est pas la machine qui pense à notre place.
C’est l’humain qui, parfois, renonce à penser tout court. 

L’IA ne vole rien. 
Elle révèle.
Elle met en lumière une vérité moins flatteuse :
sans entraînement, sans curiosité, sans questionnement actif, 
l’intelligence se ramollit 
— comme un muscle qu’on cesse d’utiliser. 

On a déjà connu ça.
La calculette n’a pas détruit les mathématiques.
Le GPS n’a pas effacé le sens de l’orientation.
Ils ont simplement montré qui pratiquait encore… 
et qui avait cessé d’essayer. 

L’IA n’est pas une âme.
Elle n’a ni intuition, ni désir, ni conscience.

Mais elle agit comme un révélateur :
elle amplifie la posture de celui qui s’en sert.
Pour certains, elle devient béquille.
Pour d’autres, loupe.
Pour d’autres encore, alibi. 

Accuser l’IA de rendre bête, 
c’est comme accuser un miroir de donner des rides.
Le reflet dérange, 
alors on casse la glace. 

La vraie question n’est pas technologique.
Elle est intime.
Que faisons-nous de notre responsabilité de penser ? 
Utiliser un outil pour éviter toute friction intellectuelle, 
c’est choisir l’anesthésie.
S’en servir pour structurer, confronter, créer, relier, 
c’est au contraire aiguiser sa lucidité. 

Il n’y a pas d’intelligence artificielle dangereuse.
Il y a des consciences en pilotage automatique. 
Et peut-être que ce qui inquiète le plus, au fond,
ce n’est pas que la machine pense…
mais qu’elle révèle à quel point certains avaient cessé de le faire. 

Ici, en 2026, on ne confond pas la lumière avec l’éblouissement.
On ne diabolise pas les miroirs.
On apprend à se regarder dedans sans détourner les yeux. 

Parce que la lucidité n’est pas un cri.
C’est une discipline.
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