Phishing : un symptôme parfaitement cohérent

Le phishing est partout.

Faux mails, 
faux SMS, 
fausses alertes.
Livraison ratée, 
compte bloqué, 
action urgente requise. 

On soupire.
On supprime.
On se croit plus vigilant que le piège. 

Et surtout, on banalise. 

C’est là l’erreur.

Le phishing n’est pas une anomalie du système.

C’est une production logique de notre organisation collective. 

Il prospère parce que le terrain est prêt. 
Tout passe par des interfaces.

La confiance est demandée avant d’être construite.

L’urgence est permanente, même quand rien n’est vital.

Les données circulent plus vite que la compréhension qu’on en a.

La responsabilité est fragmentée jusqu’à devenir introuvable.

Et la vigilance est renvoyée à l’individu isolé. 

Dans ce cadre-là, les escrocs n’inventent rien.

Ils exploitent. 

Ils exploitent la surcharge mentale.
Ils exploitent les automatismes.
Ils exploitent la confusion entre ce qui est familier et ce qui est légitime.
Ils exploitent un système qui fonctionne déjà sous tension. 

On aime désigner un coupable clair :
le pirate, l’arnaqueur, le fraudeur. 
C’est rassurant.
Mais insuffisant. 

Car le phishing fonctionne surtout parce que :
– les institutions communiquent de façon incohérente,
– les plateformes filtrent après coup,
– les États traitent en aval,
– et chacun est sommé d’être vigilant 
seul
face à des pratiques industrielles. 

On participe même quand on croit ne pas le faire. 

Quand on accepte que tout passe par le mail.
Quand on clique vite pour “se débarrasser”.
Quand on confond une habitude avec une garantie.
Quand on intègre l’arnaque comme un bruit de fond normal.

Le phishing n’est pas qu’un vol d’argent.
C’est un indicateur de désorganisation collective

Ce qui mérite d’être regardé en face,
ce n’est pas seulement l’arnaque,
mais le cadre qui rend ces pratiques 
rentables, 
durables, 
ordinaires. 

Ce cadre n’est ni un complot, ni une fatalité.

Il est fait de couches accumulées, jamais vraiment réajustées. 

Regarder ce cadre, c’est déjà sortir d’une illusion tenace :
celle qui consiste à croire qu’il suffirait d’être plus malin, 
plus prudent, 
plus méfiant. 

Ce qui change la donne n’est pas la peur.
Ni la dénonciation.
Ni la surenchère sécuritaire. 

Ce sont des ajustements simples, à hauteur humaine :
– ralentir certains gestes devenus automatiques,
– distinguer le familier du légitime,
– réduire les canaux plutôt que multiplier les alertes,
– redonner du temps là où tout pousse à l’urgence,
– accepter de ne pas tout déléguer, mais de ne pas tout porter seul non plus. 

Il ne s’agit pas de se protéger contre tout.
Il s’agit de reprendre de la lisibilité

Quand le cadre redevient lisible,
les pratiques prédatrices perdent une partie de leur efficacité.

Non parce qu’elles disparaissent,
mais parce qu’elles cessent d’être nourries par l’automatisme. 

Ce lieu ne propose pas de solutions clés en main.
Il propose des points d’appui
Des repères discrets pour traverser le réel sans s’y perdre.
Des manières de rester présent sans s’épuiser.
Des façons de ne pas confondre vigilance et paranoïa. 

Le phishing n’est pas une fatalité moderne.
C’ est un signal. 

Et ce signal n’appelle ni l’indignation,
ni le mépris,
ni le fatalisme. 

Il appelle un regard clair
sur ce qui ne fonctionne plus correctement

et sur ce qui peut encore être réajusté.
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