La confusion volontaire

La désinformation volontaire

Ce qui la caractérise, ce n’est pas l’erreur.
Ce n’est ni se tromper, ni poser une hypothèse, ni alerter avec prudence. 
C’est faire semblant de douter tout en installant un récit.
Un brouillage assumé, sous une posture “respectable”.

Les marqueurs sont récurrents

On reconnaît ce procédé à quelques mécanismes très nets : 

Formulations ambiguës
« on dit que… », « certains affirment… », « dossier troublant… »
→ personne n’est responsable de l’affirmation, mais l’idée est semée. 

Auto-désamorçage de façade
« absurde, évidemment »
→ qui permet ensuite de tout dire sans jamais répondre de rien. 

Absence de cadre
Pas de sources solides.
Pas de contexte historique.
Aucune distinction claire entre hypothèse, rumeur et fait établi. 

Appel au vertige plutôt qu’à la compréhension
On ne cherche pas à éclairer.
On cherche à faire vaciller.

Le schéma est presque mécanique

  1. Lancer une idée choquante (« et si… ? »)
  2. Se couvrir immédiatement (« absurde, évidemment »)
  3. Insister sur le vertige (« mais quel dossier étonnant ! »)
  4. Laisser la foule amplifier (commentaires, fantasmes, prophéties)
👉 Résultat : le cerveau du lecteur retient le soupçon, pas la dénégation.

Pourquoi c’est volontaire

Parce que ce type de discours :
  • sait très bien comment fonctionne l’attention,
  • connaît les ressorts émotionnels (peur, soupçon, nostalgie),
  • évite la vérification,
  • refuse la hiérarchisation,
  • joue sur l’émotion, pas sur la compréhension,
  • et exploite la fatigue cognitive du public.
Ce n’est pas : « voici un problème précis, avec ses limites » 
C’est : « plus rien n’est sûr, donc tout est inquiétant » 
Et ça, ce n’est pas du journalisme.
C’est de la mise en scène de l’incertitude.

Le point clé : la confusion volontaire

La désinformation moderne ne ment pas frontalement.
Elle mélange :
  • du vrai (les outils existent),
  • du plausible (ils transforment des pratiques),
  • de l’absurde (ils réécriraient l’Histoire),
  • et du mystique (ils deviendraient tout-puissants).
Tout est placé sur le même plan.
Et quand tout se vaut, 
plus rien ne se discute rationnellement

C’est exactement ainsi qu’on fabrique :
  • des peurs diffuses,
  • des croyances molles,
  • et des publics captifs.

Pourquoi c’est plus grave que la simple peur

La peur, ça se rassure.
La désinformation volontaire, elle :
  • désarme l’esprit critique,
  • fatigue la raison,
  • incite au renoncement intellectuel
    (« on ne sait plus rien, donc tout est possible »).
Et là, paradoxalement,
ce n’est pas l’outil qui menace l’humanité.
C’est l’abandon du discernement.

En résumé

La désinformation volontaire moderne :
  • ne ment pas franchement,
  • ne démontre rien,
  • suggère, insinue, laisse flotter.
Elle ne dit pas : « croyez-moi » 
Elle dit : « méfiez-vous de tout » 
— sauf, curieusement, de celui qui parle. 

La lucidité fait l’inverse.
Elle distingue.
Elle ralentit.
Elle nomme précisément les risques réels.

Elle refuse le vertige spectaculaire. 
Ça fait moins de bruit.
Mais beaucoup plus de lumière
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